Jake Hoback Kwaiback mid-tech

Un mid-tech de grande qualité

Jake Hoback est un coutelier américain qui propose plusieurs modèles pliants customs fort appréciés et qui est surtout connu pour son Kwaiback, une réinterprétation du profil kwaiken de certains couteaux traditionnels japonais.

Bien entendu la demande des amateurs de pliants excède largement sa capacité de production artisanale ce qui a conduit Jake à se lancer sur un projet mid-tech.
Il a ainsi travaillé avec une petite entreprise (une "machine shop" comme disent les américains) afin de faire découper et usiner selon ses spécifications exactes les éléments du couteau. Il se charge ensuite des ajustements et de l’assemblage afin d’obtenir un niveau de qualité très proche de ses customs.
C’est sans doute une astuce marketing mais Jake utilise l’appellation UHEP (Ultra High End Production) pour désigner la version mid-tech de son pliant emblématique.

Le premier run du Kwaiback mid-tech UHEP m’est passé sous le nez mais j’ai pu réserver ma place pour un modèle issue du second run (version MK4) qui est présenté ici.


Il s'agit d'un flipper framelock d'une taille respectable puisque le couteau mesure 23 cm en position ouverte et 13,7 cm quand il est fermé. La lame fait 95 mm de la pointe au début du manche.

Comme pour le Kwaiken custom de Lucas Burnley qui a ensuite été repris en version industrielle par Böker (voir ici sa présentation par Darksun) le manche est très rectiligne et la lame rentre entièrement dans ce manche quand le couteau est fermé.
Ce design attractif est, je trouve, renforcé par l'usinage de plusieurs longues encoches (deux sur la platine de présentation et une sur la platine fermante). Cela donne, avec la finition stonewash, un look très industriel qui n'est pas pour me déplaire.


La lame en finition stonewash a un profil american tanto et elle est épaisse de 4,7 mm. L'émouture plate finit sur un tranchant de bonne qualité. Le yokote est rectiligne alors que le dos de la lame offre un profil remontant assez marqué.



L'acier utilisé par Jake Hoback est le CPM 20CV qui est quasi-identique au Bohler M390.
Dans cet acier haut de gamme issu de la métallurgie des poudres on trouve une forte proportion de chrome (20%) et de vanadium (4%). Ici il est trempé pour atteindre une dureté Rockwell de 61 ce qui lui permet d'avoir une très bonne durabilité du tranchant. Il obtient ainsi un score de 180 au test CATRA (base 100 pour le 440C et 145 pour le S35VN).

Le clip titane tip-up est très fonctionnel avec une tension bien réglée. Il n'autorise pas un port vraiment profond mais les deux vis de fixation permettent une saisie facile pour sortir le pliant de la poche. Les gauchers pourront fixer ce clip de l'autre coté du manche puisque les orifices d'accueil des vis sont présents.

Les platines sont épaisses (4,7 mm) mais des usinages internes sont pratiqués aux endroits stratégiques afin de réduire le poids global du couteau. Celui-ci s'établit à 161 g ce qui est raisonnable si on considère l'épaisseur de la lame et la taille générale du couteau.
Ici on distingue à l'intérieur du manche les zones dans lesquelles de la matière a été retirée :

La structure est très ouverte puisque, outre le pivot et le stop pin interne, il n'y a que deux solides entretoises à l'arrière du manche pour solidariser les platines. On voit que cette partie postérieure a été largement crantée afin que la paume de la main se cale solidement lors de la tenue.

La prise en main est d'ailleurs tout à fait remarquable sur ce Kwaiback. Le pouce repose sur les crantages de l'arrière de la lame, les doigts se referment sur les encoches de la platine de présentation, la garde formée par le quillon du flipper sécurise la main. C'est vraiment excellent !

Une particularité de ce couteau, comme tous les pliants de Jake Hoback, est l'intégration du système HRD (Hoback Roller Detent).
Sur un pliant de type linerlock ou framelock la détente est un petit roulement à bille, en métal ou en céramique, qui est fixé à la surface de la platine. Cette bille sert à maintenir la lame en position fermée puisqu'elle se place alors dans un trou pratiqué à la base de la lame.
Premier problème : comme la bille est fixe cela signifie qu'elle frotte contre la lame lors de l'ouverture ou de la fermeture du pliant en provoquant une usure du métal. On voit par exemple très bien la trajectoire sur cette photo.
Second problème : avec ce système il n'est pas possible de régler facilement la détente. On peut jouer sur le pivot du pliant pour serrer plus ou moins mais dans une plage très étroite puisque cela a des conséquences sur le centrage de la lame.

Le système HRD de Jake Hoback remplace la bille fixe par une bille tournant librement dans un petit cylindre métallique qui est vissé dans une cavité traversant la platine. En vissant plus ou moins le cylindre on règle ainsi le degré d'enfoncement et donc la protubérance que forme la bille de détente de l'autre côté de la platine. Et comme la bille tourne librement dans son logement, elle roule sur la surface de la lame au lieu de la frotter. Cela améliore la fluidité de l'action et n'entraine pas d'usure de la lame.

Au final on a un système original qui permet une action fluide et réglable à volonté. En cas de problème on peut même remplacer librement le cylindre puisque des rechanges sont vendues sur le site de Jake. Et cerise sur le gâteau Jake autorise tous les autres couteliers à utiliser librement cette solution technique. La seule contrainte est de continuer à nommer ce système HRD afin qu'il soit crédité de façon appropriée (comme pour le système IKBS par exemple).

Sur cette photo on voit bien le cylindre vissé à travers de la platine titane et le liner acier avec la bille de détente qui apparait côté intérieur :

Ici la tête du cylindre qui permet de visser plus ou moins profondément à travers de la platine titane et le liner acier :

Ce liner acier est bien entendu une pièce anti-usure qui s'appuie sur le talon de la lame pour verrouiller le couteau. Il est fabriqué à partir d'acier AEB-L avec une dureté de 60rc ce qui garantit la durabilité du verrou au fil du temps. Le liner joue également le rôle de lock bar stabilizer puisqu'il est conçu pour empêcher, via une protubérance interne, une trop grande extension du frame.

Le pivot est très classique et il dissimule un mécanisme sur roulement à billes permettant une action rapide au déploiement. Cette photo issue du compte instagram de Jake permet de voir au premier plan les entrailles du Kwaiback avec les roulements à bille, le stop pin interne ainsi que la position de la lame repliée dans le manche.

À proximité du pivot l'avant de la platine de présentation porte le nom du coutelier ainsi que l'énigmatique mention "Ps23".
Renseignement pris il s'agit d'une référence au psaume 23 de la Bible et notament à cet extrait : "Même quand je marche dans la sombre vallée de la mort, je ne redoute aucun mal car tu es avec moi".
Très américain....

Le Kwaiback MK4 UHEP est livré dans une belle boite en bois garnie de mousse. Un effort de présentation appréciable par rapport à certains de ses concurrents même si l'encombrement n'est pas le même.

Si on le compare au Large Sebenza 25 on voit que le Kwaiback est un peu plus grand mais surtout franchement plus épais. On peut surtout se rendre compte de la ligne très remontante de la lame :



Cette ligne remontante si particulière est bien mise en valeur quand on pose le couteau sur son quillon. Ce couteau une élégance bien à lui :

Au final le Kwaiback mid-tech UHEP MK4 proposé par Jake Hoback est un pliant vraiment intéressant. Jake est un perfectionniste maniaque et la réalisation technique s'en ressent. Les tolérances mécaniques sont serrées, les finitions sont propres et le mécanisme HRD est original et utile. Je conseille d'ailleurs le visionnage de cette vidéo Youtube qui permet de mieux évaluer visuellement le couteau.

Pour satisfaire les amateurs Jake propose également d'upgrader son couteau avec des pièces optionnelles en vente sur son site. On trouve ainsi un clip "custom" et un pivot "custom" mais aussi un backspacer titane en remplacement des entretoises classiques. C'est une initiative louable mais, à titre personnel, je n'ai pas été convaincu par les avantages en terme de "look" que ces pièces apportent. J'aurai largement préféré que des options d'anodisation du manche soient proposées ce qui aurait permis d'échapper au sempiternel "gris titane".

Mais le Kwaiback n'en reste pas moins un excellent mid-tech, fort proche des réalisations customs de Jake Hoback. Il permet à un public plus large de profiter de ce pliant au style affirmé et reconnaissable.